La forêt apatride
SEQUOIA-ACT
  1. La Méthode Juy, Germination optimale

La Méthode Juy, Germination optimale

Hubert Juy, Contrôleur Territorial Horticulteur à la retraite a, de nombreuses années durant mis au point des méthodes pointues de germination pour les graines des espèces réputées les plus difficiles. Il a notamment développé une technique élaborée pour de Séquoia géant dont vous pourrez trouver les grandes lignes ici.
Il est important de préciser que l’hygiène est un facteur clef pour éviter de lourdes pertes parmi les futures pousses qui apparaîtront.

CONSERVATION DES GRAINES :

Les graines, en attendant d’être travaillées doivent être conservées dans un emballage hermétique au frigidaire. Ainsi, il est possible de les préserver des mois durant, voir des années.

RÉHYDRATATION :

Les graines doivent se charger d’humidité en douceur, et au frais pour ne pas activer la division cellulaire. Pour cela, les mélanger à du sable de rivière ou du sable blanc de Fontainebleau (sable très fin avec une petite proportion de sable grossier).
Humidifier au départ ce mélange sable et graines, que l’on pourra couvrir (boîte hermétique stérilisée), et conserver deux mois à une température d’environ 15°c. Vérifier régulièrement et réhydrater au besoin. Le sable doit rester toujours humide.
Passé ces deux mois, tamiser le mélange pour séparer un maximum les graines du sable. Il restera toujours un peu de sable sur les graines, ce qui n’est pas grave pour la suite.

RÉVEIL DE LA MÉMOIRE GÉNÉTIQUE :

Pour cela il faut faire subir un stress à la plante, lui signifiant que l’hiver est passé. Aussitôt l’étape du tamis effectuée, placer les graines au freezer. Elles doivent passer une nuit à température négative. Éviter les températures en deçà de -10°c.
Ensuite, les placer de 24 à 48 heures au frigidaire (dégel).
Les placer à l’air libre à température ambiante de 24 à 48 heures.

ACTIVATION DE LA DIVISION CELLULAIRE :

Après cette hibernation artificielle, la chaleur est le déclencheur indispensable.
A l’aide d’un conduit d’eau chaude, de radiateur, de tapis chauffant ou autre solution de votre invention, plonger les graines dans de l’eau au ph neutre pendant 48 heures, eau à température constante située entre 25 et 30°c. Attention à ne pas monter au delà de 30 degrés car les graines cuiraient !

GERMINATION :

Les graines sont prêtes pour leur passage en serre, dans un substrat neutre et stérile. C’est l’humidité et la température qui vont permettre la germination.
Le substrat idéal est la Vermiculite M (minéral argileux utilisé en horticulture professionnelle).
Dans un baquet métallique ou plastique stérilisé d’environ 15 centimètres de profondeur (largueur et longueur à votre convenance), disposer environ 13 centimètres d’épaisseur de Vermiculite M. Tracer des sillons de 0.5 cm de profondeur et y répandre les graines à 1 cm d’intervalle. Couvrir à peine de Vermiculite. Vous pouvez également utiliser un récipient translucide, l’intérêt de la transparence étant d’observer le développement souterrain des pousses.
Il est nécessaire d’avoir, comme lors de l’étape précédente, un moyen technique pour avoir une température à peu prêt constante d’environ 18 à 20°c. En effet, durant la période de germination il faudra apporter une chaleur de fond au baquet. L’idéal, un petit tapis chauffant ou le conduit d’un radiateur en fonte en hiver. Placer le baquet sur cette source de chaleur, et à l’aide d’une petite structure et d’un film plastique ou d’une cloche, couvrir telle une serre en prenant bien soin d’aménager des aérations.
Élément très important, si condensation il y a, les gouttes ne doivent absolument pas tomber dans la Vermiculite. Pour cela, disposer au dessus de votre baquet une vitre oblique pour que l’écoulement se fasse à l’extérieur du baquet. Les gouttes potentiellement porteuses de germes pourraient causer la perte de vos futures pousses !
Il sera nécessaire d’apporter un peu d’humidité de temps en temps pour que les conditions restent constantes, aussi il convient d’opter pour une vaporisation parcimonieuse d’une eau propre.
Les premières pousses apparaîtront sous 10 à 45 jours et celles dotées d’une amende viable apparaîtront pour beaucoup dans les semaines suivant !

CULTURE EN POT :

Le jeune Séquoia est une créature d’une extrême fragilité. Il faut à la forêt de géants produire des centaines de milliers de graines pour de temps en temps voir prospérer quelques jeunes spécimens. Sa longévité compense ce phénomène, et au vue des dizaines de millions d’années d’ancienneté de l’espèce, cette stratégie n’est pas mauvaise. Dans notre cas, les pousses les plus faibles seront difficiles à faire perdurer mais avec des conditions contrôlées nous pourrons voir croître de beaux arbres.
Les premières semaines sont les plus difficiles et demandent une attention particulière, et quoiqu’il arrive la mise en terre définitive ne doit pas intervenir avant au moins deux ans de culture en pots.
Lorsque les premières boucles rouges apparaissent dans le baquet de germination, c’est le début d’une succession de naissances ! Vous verrez de plus en plus de graines germer au fil des jours et des semaines si vous veillez bien à maintenir chaleur, humidité et hygiène. D’abord la queue de la pousse sort de la graine et cherche à s’enfoncer dans le sol, puis se redresse, et enfin la tête cherche à s’extirper de la graine. Parfois elle éprouve quelques difficultés et si vous voyez qu’elle peine trop, au bout de quelques jours, avec des instruments fins vous pouvez essayer de l’aider en délicatesse.
Surveillez l’apparition des premières pousses de prêt car entre leur apparition et leur mise en pot il faut trouver le bon moment, c’est à dire l’apparition des premiers micro-poils absorbants qui se développent autour de la racine pivot. Avant que ceux-ci ne s’attachent à la Vermiculite, doit être opéré la transplantation de la jeune pousse dans le pot qui sera son réceptacle pour les deux ou trois ans à venir.
Prévoir des pots en terre assez profonds. Les pots de culture dits à églantiers (communément utilisés pour la culture des rosiers et autres plantes aux racines plongeantes) disposent d’une profondeur suffisante pour le développement futur du Séquoia jusqu’à sa mise en terre définitive. En effet tout rempotage intermédiaire est une prise de risque.
Le substrat doit être stérilisé à la vapeur, étape indispensable pour pallier au risque de la Fonte des semis (attaque de la racine par les champignons). Le mélange idéal sera à chercher soit même, quelques indications cependant : un mélange de terreau, de sable pour le drainage, et un apport léger en acidité. Le mélange doit être légèrement acide, pas alcalin, PH de 5 environ.

Avec cette méthode, au lieu de voir 3,4,5 ou 6 pousses apparaître sur 100 graines ; et la plupart mourir dans les premiers jours, vous verrez quasiment toutes les graines viables sortir de terre (soit une sur trois ou sur quatre). L’hécatombe des premières semaines dépend de leur patrimoine génétique, de la présence ou non de moisissures, et de l’hygrométrie. Ce dernier point est capital, les jeunes pousses sont très sensibles à la sécheresse comme au trop plein d’eau. Vaporiser à petites doses une eau propre, éventuellement augmentée de quelques gouttes de vinaigre de cidre (pour un litre), plusieurs fois par jours dans les premiers temps et deux/trois fois par jours un peu plus généreusement lorsque la pousse a commencé à développer sa troisième ou quatrième série d’aiguilles.

Dans les différentes méthodes que l’on peu trouver, il est spécifié que la culture peu être démarrée à n’importe quelle période de l’année, même si le démarrage pour être fidèle à la nature devrait se situer vers le mois de janvier. Ayant démarré un culture à la mi-printemps, je constate aujourd’hui les dégâts occasionnés par les grandes chaleurs estivales, et doit doubler d’attention pour préserver les plus fortes. Aussi, à moins de disposer d’endroits frais toute l’année, mieux vaut patienter et écouter le rythme biologique de la plante.

Courage, patience, et bon gigantisme à vous !